Édito 2020

ÉCOUTEZ-MOI ! MONSIEUR !

À temps cruels, réponses émotionnelles et solidaires : 42 ans de présence de notre festival sur le terrain : que du bonheur !

Dans cette période de rudesse économique, de délinquance médiatique et de dénonciation des violences, où tout risque d’être bradé pour « plus de com », « plus de rentabilité », « plus d’esbroufe », il convient de rester « mieux humain et proche ». Un contre-courant puissant alimenté par des femmes courageuses remonte le temps et impose sa protestation et sa révolte : non, il n’y avait pas consentement mais soumission façonnée par la peur.

Écoutez-les, elles parlent et c’est incontournable.

Pourquoi dire qu’elles sont déplacées, qu’elles frisent la délation alors que leur élan vient de loin et qu’il répare les blessures de toutes celles qui, encore, se taisent. Comme le disait Olympe de Gouges, « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ». Trop belle, trop courageuse, trop entière pour son siècle, Olympe de Gouges a été guillotinée le 3 novembre 1793.

Cette année sera celui de grands mouvements de révolte des femmes et notamment dans les métiers du cinéma. Le Festival s’en fait l’écho et donne à nouveau toutes ses dimensions, sociales, artistiques et professionnelles au cinéma des réalisatrices du monde entier.

Du 13 au 22 mars 2020, le Festival propose, en partenariat avec La Lucarne de Créteil et les 7 Parnassiens de Paris 14éme, ses fondamentaux.

Les réalisatrices découvertes viennent d’Europe et de France, d’Afrique et d’Asie, d‘Amérique du Nord et du Canada, du Mexique, d’Israël et d’Iran. Maniant à la fois caméra et analyse politique, elles explorent, les routes clandestines des migrations, le travail mal partagé, mal rétribué, la famille et ses chamboulements, le corps et ses dévoilements, la pollution et les trompes l’œil des nouvelles technologies, la place des femmes et leur reconnaissance. La Scam sera une nouvelle fois, un partenaire exigeant et primordial.

Le partenariat avec ARTE mettra en valeur l’engagement des femmes cinéastes et de leurs équipes lors de la table ronde : « Interpréter, produire, réaliser : Les femmes font équipe ».

Elles sont présentes à tous les postes comme en témoigne déjà Alice Guy à l’aube du cinéma en 1895 et comme le montre magistralement, cette année notre rétrospective dédiée à Nicole STÉPHANE, qui fut actrice, productrice et réalisatrice.

Avec le thème de LA BEAUTÉ, nous abordons de manière vivante la construction des personnages à l’écran, en collaboration avec les collèges et lycées du Val-de-Marne et suivie par le jury France Télévision « Des Images et des Elles » qui attribuera le Prix France TV.

Deux actrices sont à l’honneur : Michèle MORGAN dont nous fêtons le centenaire de la naissance autour d’un programme choisi en collaboration avec Geneviève Sellier ; et Aïssa MAÏGA qui a co-écrit Noire n’est pas mon métier pour porter la revendication des actrices de couleur à occuper une juste place dans le cinéma français. Une actrice de talent qui s’épanouit dans la liberté, une icône bien présente. Elle porte le message de la diversité sur la Beauté, renversant les tabous et les stéréotypes. Karine SAPORTA, artiste associée à notre Festival et qui a composé cette belle image acidulée, tissera un fil rouge en proposant des apparitions impromptues sur la Beauté avec ses danseuses au fil de la semaine.

D’autres avant elles auront eu ce parcours du métier d’actrice à celui de réalisatrice. Ainsi Ida Lupino décide-t-elle, après une carrière d’actrice, de se lancer dans la réalisation. Elle crée sa société de production et commence à faire des films à petit budget sur des sujets de société. C’est dans cette veine qu’elle réalisa Outrage présenté en clôture du Festival.

Cette année la Beauté se décline au pluriel.

Bon Festival !

Jackie BUET, Directrice du Festival

[ Conception et photographie : Karine Saporta ]