Invitée d’honneur : Euzhan Palcy

Saluée dans le monde entier pour son travail de cinéaste, Euzhan PALCY est cette année l’invitée d’honneur du Festival de Films de Femmes de Créteil.
Euzhan Palcy est membre de l’Académie des César et de l’Académie des Oscars.

Soirée en son honneur et en sa présence
Samedi 23 mars à 21h
Projection : Une saison blanche et sèche 

Master Class – Entrée libre
Samedi 23 mars à 15h30
Animée par Béatrice  Wachsberger, journaliste

Lecture – Entrée libre
Dimanche 24 mars à 15h30
Extraits de textes de Maryse Condé* et d’Aimé Césaire.
*Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne à l’œuvre foisonnante et engagée, a remporté en 2018 cette année « Le prix Nobel alternatif de littérature ».

Euzhan Palcy est l’invitée de l’émission Par les temps qui courent, sur France Culture, ce vendredi 22 mars à 21h, dans le cadre de la journée spéciale de France Culture : « le modèle noir »

 



Films de la section

Le Combat de Ruby Br...
Rue Cases-Nègres
Siméon
Une Saison blanche e...

Faits d’armes : Euzhan Palcy est la première réalisatrice noire à avoir remporté un Lion d’argent à la Mostra de Venise, un César et la seule femme à avoir dirigé Marlon Brando.

À douze ans, Euzhan Palcy savait qu’elle serait cinéaste, et son père l’y encourageait. À dix-sept ans, elle a déjà tourné, avec les moyens du bord, La Messagère, moyen métrage qu’elle parvient à faire diffuser à la télévision antillaise. Quand elle part à Paris étudier les Lettres à la Sorbonne et le cinéma à l’École Louis Lumière, elle a déjà un projet, celui de porter Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, un classique de la littérature martiniquaise, à l’écran. Elle écrit son scénario, décroche l’avance sur recette du Centre National de la Cinématographie. Elle n’a que dix-huit mois pour trouver un producteur. FrançoisTruffaut défend le script, Aimé Césaire l’aide à boucler son budget grâce à une participation excep- tionnelle de la Mairie de Fort de France et Claude Nedjar à produire et à distribuer le film.

En septembre 1983, Rue Cases-Nègres est présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise. Il remporte le Lion d’argent et la Coupe Volpi, remise à son actrice principale, Darling Légitimus. Le film connaît une belle carrière en France où, du haut de ses vingt-six ans, Euzhan Palcy remporte le César du meilleur premier film. Rue Cases-Nègres est notamment distribué, et apprécié, aux États-Unis.

Cette reconnaissance semblait de bon augure et aurait dû faciliter la production de son projet suivant : un film sur l’apartheid, adapté d’Une saison blanche et sèche d’André Brink. Mais, en France, personne n’en veut. Robert Redford, qui l’a sélectionné à Sundance, la pousse à accepter les sollicitations de la Warner, mais c’est finalement la MGM qui le produira. La préparation du film est périlleuse. La cinéaste réussit, au péril de sa vie, à se rendre en Afrique du Sud pour recueillir des témoignages et contacter des acteurs. Elle devra vivre un an sous escorte après la sortie du film. En revanche, obtenir l’accord de Marlon Brando afin qu’il interprète un avocat, alors qu’il semblait avoir renoncé au cinéma depuis dix ans, n’a posé aucun problème, il a même accepté de jouer au tarif syndical. Le film sort en 1989 et est banni d’Afrique du Sud. Six ans plus tard, Nelson Mendela invite Euzhan Palcy pour le premier anniversaire de son élection. « Il m’a impressionnée et m’a aussi confié qu’il n’en revenait pas qu’une femme noire ait réussi un tel film dans un tel contexte » se rappelle-t-elle.

Euzhan Palcy n’avait jamais rêvé d’Hollywood. Elle choisit de revenir tourner Siméon, une fantaisie musicale, en France. Elle crée, par ailleurs, une maison de production ouverte à des projets sur la cause des noirs. «Malgré toute notre bonne volonté, malgré nos investissements pour les développer, nous n’avons pas réussi à les monter», avoue-t-elle. « Moi, je veux être cinéaste pour porter à l’écran l’histoire des miens. Je me bats pour parler des choses que les autres ne connaissent pas. On veut bien de mon talent mais pas de mon identité ». Elle repart aux Etats-Unis, réalise deux téléfilms Ruby Bridges et The Killing Yard, ce dernier portant sur la mutinerie de la prison d’Attica.

Elle refuse une proposition de Steven Spielberg de consacrer une trilogie à Aimé Césaire, son père spirituel, et une autre de Meryl Streep pour un film qui falsifie l’histoire d’un héros noir. « J’ai pris le risque de moins tourner mais mes valeurs ne sont pas négociables. J’ai préféré développer mes projets ou aider de jeunes cinéastes ou des handicapés à vivre leurs rêves »* Comme le sénégalais Moly Kane qui a ainsi pu réaliser trois courts métrages, obtenir l’autorisation de travailler en France et acheter une prothèse pour se déplacer aisément.

Euzhan Palcy a mis plus de cinq ans à faire connaître par l’État la contribution antillaise à la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale dont elle avait retracé l’histoire dans le téléfilm Parcours de dissidents. «Je continue à engranger parce que j’ai foi en l’avenir. Je sais qu’un jour, j’aurai raison. Mais qu’il faut continuer à se battre»*. Notamment en France, puisqu’aux États-Unis, depuis le boycott des Oscars en 2014, les lignes ont bougé. « Là-bas, j’existe », confie celle qui vient d’être reconnue comme une des « dix-sept femmes qui ont révolutionné Hollywood », la première noire à qui un studio américain a confié les clés d’une grosse production. « En France, il n’y a pas la moindre curiosité pour ce que nous sommes. Je suis une pionnière mais je me bats pour qu’il y en ait d’autres ».*

Et pour prouver qu’elle ne baisse pas les bras, Euzhan Palcy parle de nouveaux projets qu’elle est en train de mener de front entre les Antilles, la France et les États-Unis. Deux lui tiennent particulièrement à cœur : L’histoire d’une pionnière de l’aviation et une série de contes universels qui se déroule en Martinique.

Véronique Le Bris, Auteure de 50 Femmes de cinéma,Marest Editeur, 2018