Les Réalisatrices De L’europe Du Nord Et Des Pays Baltes

Sections parallèles

Édition

2003

Réalisation

Synopsis

Elles n’ont pas froid aux yeux! Les femmes nordiques derrière la caméra Harriet Andersson, Bibi Andersson et Gunnel Lindblom dans Les Filles de Maï Zetterling (Suède 1968) Le Nord de l’Europe est composé de plusieurs zones géographiques : la Scandinavie (Suède, Danemark, Norvège), l’Islande, la Finlande et les pays Baltes. Chaque pays possède un héritage unique. La langue sépare la Scandinavie et l’Islande de la Finlande et des pays Baltes, où les récents conflits ont laissé des marques. L’Islande et la Scandinavie ont une langue commune, qui provient du nordique ancien, la langue des contes de fées et des poèmes médiévaux, bien avant les règles grammaticales du danois et du norvégien utilisées jusqu’en 1944. Depuis 1917, les pays Baltes vivaient sous la coupe de la Russie et n’ont acquis leur indépendance que très récemment, en 1991. En plus de l’estonien, du letton et du lituanien, le finnois et le russe sont couramment parlés dans les pays Baltes. La Finlande, longtemps dominée par la Suède et la Russie, est devenue indépendante en 1917. Aujourd’hui, le finnois est un amalgame de hongrois et de différents dialectes venus de l’ouest de la Sibérie, même si de nombreux Finnois ont le suédois comme langue d’origine. En termes d’intégration européenne, la zone nordique est plus ou moins alliée à l’Union européenne. Le Danemark est le plus ancien membre de la CEE, depuis 1993, rejoint par la Suède et la Finlande en 1995. La Norvège et l’Islande se tiennent plus à distance de l’Union, à cause de désaccords concernant la réglementation sur le poisson et le pétrole. Les pays Baltes, quant à eux, attendent leur intégration dans la Communauté européenne. En raison de toutes ces différences de cultures et de langues, il n’est pas facile de dresser un tableau unique des cinéastes nordiques, mais il y a eu depuis longtemps des réalisatrices dans chacun de ces pays. Deux festivals récemment créés témoignent de la situation. Le Nordic Glory, en Finlande, un festival pionnier (1997), bientôt suivi par Femmedia (1998), sponsorisé par la Svenska Kvinnors Filmförbund (Swedish Women’s Film Association) à Stockholm. Ces deux manifestations ont encouragé les réseaux de femmes réalisatrices. Mais, deux ans plus tard, la Swedish Women’s Film Association, fondée en 1976, a abandonné ses fonctions. L’une de ses fondatrices était la cinéaste Maï Zetterling, peut-être la meilleure cinéaste de l’après-guerre. Une fois regroupée au sein du Swedish Film Institute, l’association a vu ses conditions économiques devenir plus que « virtuelles ». La Finlande a maintenu le Nordic Glory Film Festival et en 2002 a programmé une compétition regroupant vingt-trois films de réalisatrices, incluant : Eija-Liisa Ahtila, Antonia Ringblom, Kaija Juurikkala, Susanna Helke et Virpi Suutari. L’association organise un festival plus modeste des nouveaux films nordiques, courts et longs métrages de fiction et documentaires. C’est actuellement le seul festival annuel des pays nordiques à diffuser le travail cinématographique des femmes. Plusieurs fois primé, Italian for Beginners, de Lone Sherfig (2000) est un autre film Dogme, qui, dans la province danoise, réunit un groupe d’amis à travers les leçons d’italien qu’ils prennent ensemble toutes les semaines. Des subventions existent pour le cinéma, en Norvège, Finlande, Suède, Danemark et Islande. Les femmes réalisatrices sont maintenant diplômées des écoles d’art et de cinéma. Depuis peu, elles essaient d’obtenir des subventions de l’Etat pour faire des films. De nombreux films subventionnés passent ensuite à la télévision ou suivent le chemin des festivals. Dans I shall not want (Danemark, 2001), le film de Jytte Rex qui rend hommage à Palle Nielsen (1920-2000), son professeur, qui fut par ailleurs l’un des plus grands artistes graphiques du Danemark, est un assez bon exemple de cette procédure. Un autre exemple pourrait être celui de Solveig Anspach, réalisatrice franco-islandaise, dont le documentaire Made in USA a été projeté lors de la soirée de clôture du festival de Cannes. Elle a réalisé un autre documentaire sur la capitale de l’Islande, Reykjavík (2001), présenté dans notre programmation. De Norvège, signalons la présence d’Anja Breien, qui a étudié à l’Idhec (Paris) dans les années 60. Sa trilogie des Wives (Hustruer, 1975, Hustruer-Ti ar etter, 1985, Hustruer III, 1996) est un projet échelonné sur trente ans, qui se moque des « genders » rôles. To see a Boat at sail, son dernier court-métrage (2000), est nettement plus lyrique. Née au Japon mais élevée en Norvège, Liv Ullmann, qui a longtemps vécu sous la tutelle d’Ingmar Bergman, a maintenant acquis son indépendance. Directrice du jury du festival de Cannes en 2001, elle a réalisé Faithless (2000), sur un scénario de Bergman. Le film a été vendu dans plusieurs pays et il a consacré Lena Endre, qui est l’une des meilleures actrices suédoises du moment. Ce film raconte la relation sentimentale du cinéaste avec une femme. La personnalité peut-être trop écrasante de Bergman rend difficile le travail des cinéastes en Suède. Peut-on rivaliser avec sa réputation ? Même les femmes subissent cet héritage. Mais Lisa Ohlin est une jeune cinéaste qui, avec Waiting for the Tenor (1998), a non seulement trouvé sa voie, mais a aussi obtenu un excellent accueil critique. Du fait de l’héritage soviétique, les films des pays Baltes sont relativement peu connus. Diana Matuzeviciené, de Lituanie, a commencé à travailler à la Lithuanian Film Studio en 1969 comme assistante de direction. Elle a écrit de nombreux scénarios. Laila Pakalnina, de Lettonie, est diplômée du VGIK de Moscou. Elle a réalisé plusieurs documentaires, dont certains ont été sélectionnés à Cannes. Renita et Hannes Lintrop, d’Estonie, sont aussi des réalisateurs en activité dans cette région. Hannes Lintrop a travaillé dans une société de production indépendante, la SEE, à Tallinn. Ses films ont été primés dans des festivals en Australie, Estonie, Finlande, France et Pologne. En 1996, Renita et Hannes Lintrop ont réalisé un documentaire sur la pire des catastrophes survenue en période de paix, lorsque neuf cents personnes ont péri à bord du ferry l’Estonia. Le plus important aujourd’hui est peut-être de favoriser l’émergence de festivals régionaux pour diffuser les films des réalisatrices du Nord. Pour le moment, il semble que la Finlande soit en tête des pays désireux de leur assurer une vitrine (le Nordic Glory). Une histoire de la démocratie et des comportements sociaux démontrerait les avantages d’une égalité pour les femmes, les personnes vivant en concubinage, les gays et les lesbiennes, dans les pays de la Scandinavie et en Finlande. Cela prendra beaucoup de temps pour que les pays Baltes se mettent au diapason. Dans ce climat, la situation devient plus difficile pour les femmes seules, à mesure que l’égalité semble acquise pour les autres. Le nombre des réalisatrices en activité est encore loin d’atteindre celui des hommes. Une chose est cependant certaine, le cinéma des réalisatrices nordiques est universellement reconnu, il possède une grande richesse de contenus et des thèmes variés. MoÏra Sullivan, journaliste suédoise (traduction Elisabeth Jenny)

Elles n’ont pas froid aux yeux! Harriet Andersson, Bibi Andersson et Gunnel Lindblom dans Les Filles de Maï Zetterling (Suède 1968) MoÏra Sullivan, journaliste suédoise (traduction Elisabeth Jenny)